Histoire du Pérou 1/5

Le Pérou précolombien

Le peuplement du continent amérindien fait encore aujourd’hui l’objet de polémiques. De toutes les théories qui sont proposées, des plus farfelues aux plus raisonnables, nous ne retiendrons que celle qui est reconnue par la majorité des spécialistes. A ce jour, sur le continent amérindien, il n’a jamais été fait de découverte analogue à celle de l’homme de Neandertal en Europe. Cela prouve que les indiens sont bien venus d’ailleurs.

Vers 28 000 ans, environ, avant J.C. une période glaciaire a considérablement abaissé le niveau des mers. Le détroit de Behring qui sépare l’Asie de l’Amérique est devenu praticable à pied sec. Des tribus de chasseurs qui se déplacent dans l’espace sibérien franchissent ce détroit et se disséminent petit à petit dans l’immensité du continent américain. La fonte des glaces fait remonter le niveau de la mer ce qui rend le passage par le détroit de Behring impraticable. Les populations locales se retrouvent coupées du reste du monde jusqu’à l’arrivée des Espagnols quelques neuf cent quarante générations plus tard.

Le plus ancien site archéologique retrouvé à ce jour au Pérou remonte à 7 000 ans avant J.C. Il se trouve dans le nord du pays à Lauricocha. Au Pérou, le passage à l’agriculture débute à partir de la zone côtière pour progresser le long des vallées des fleuves qui descendent des Andes. Les débuts du développement agricole restent peu connus tout comme la chronologie des espèces cultivées qui ont pu être dénombrées. On retrouve ces plantes aussi bien dans le domaine de l’alimentation, des textiles, des colorants ou de la médecine. Au Pérou un rapide inventaire permet de citer la cacahuète, le chérimole, la coca, la pomme de terre, le quinquina, le quinoa, la tomate, le tabac, etc… En ce qui concerne la tomate et la pomme de terre, il s’agit d’espèces bien éloignées de celle que nous consommons.

La principale culture vivrière est celle du maïs. Pour l’Amérique du sud, on peut parler à juste titre d’une civilisation du maïs.Il est l’aliment de base des indiens. Ses rendements sont élevés et il ne nécessite qu’une cinquantaine de jours de travail par an ce qui libère la main d’œuvre pour d’autres taches. Cependant il s’agit d’un aliment incomplet. La consommation d’autres tubercules ne supplée pas à ses carences en vitamines. L’individu est vulnérable à toutes sortes de maladies et autres épidémies comme cela sera tragiquement confirmé à l’arrivée des Espagnols. Le typhus accompagnera la progression de Francisco Pizzaro en territoire Inca.

Cependant le Pérou est le seul pays d’Amérique pré hispanique où les animaux domestiques jouent un rôle non négligeable. La dinde, le chien et le cobaye sont élevés aux fins d’abattage. En ce qui concerne ce dernier, de nos jours encore, les indiens le réserve toujours à une alimentation festive. A partir de 4 000 ans avant J.C. ce sont surtout le lama et l’alpaga qui sont élevés aussi bien pour leur laine que pour leur viande réservée à l’élite ou à des sacrifices religieux. De plus, le lama est utilisé comme animal de charge même s’il ne peut porter plus de trente à quarante kilos. Sur la côte du Pacifique, la pêche occupe également une part importante dans l’alimentation.

Avec le développement de l’agriculture les sociétés de chasseurs-cueilleurs cèdent la place à des organisations plus complexes qui se sédentarisent. A partir de 3 000 ans avant J.C. apparaissent de premiers édifices à caractère certainement religieux. Avant la domination Inca, ce sont plusieurs civilisations qui émergent. Vers le VIII eme siècle avant J.C. est apparu celle de Chavin. Elle est précédée par un long développement culturel qui débute au moins deux siècles plus tôt. Le temple Chavin de Huantac est l’épicentre de cette culture avant qu’il ne soit abandonné vers le 2 eme siècle après J.C. pour des raisons qui ne nous sont pas connues.

A la même époque, sur la côte nord du Pérou apparaissent les premières manifestations de la civilisation Mochica. Un siècle plus tard, cette fois dans le sud du pays émerge la civilisation de Nazca qui devait survivre jusqu’au X eme ou XI eme siècle.

Noble Moche

A partir du V eme siècle la civilisation Mochica connait son apogée qui dure jusque vers le IX eme siècle. Tout comme les autres peuples amérindiens, les Mochicas ne connaissent pas l’écriture. Les illustrations de leurs poteries sont leur moyen de décrire une situation ou de raconter une histoire. Ce sont aussi des architectes compétents et d’habiles ingénieurs. Ils construisent de grandes pyramides en briques de terre séchée, les adobes. Pour la grande pyramide qui est érigée aux environs de la ville de Moche, ce sont plus de cent cinquante millions d’adobes qui sont utilisées sur une hauteur de sept niveaux. Les ingénieurs Mochicas creusent des canaux d’irrigation dont certains sont encore utilisés de nos jours. Leurs aqueducs permettent d’irriguer des milliers d’hectares de terre. Beaucoup de choses restent à découvrir au sujet de ce peuple dont l’histoire est occultée par la grande civilisation Inca.

Les Incas sont les héritiers des civilisations qui les ont précédés dont celle de Tiahuanaco qui rayonne jusqu’à Cuzco vers l’an 500. Selon la tradition, les fondateurs du clan Inca vers 1 200 sont Manco Capac et son épouse Mama Ocllo. A partir de 1 438, Pachacuti Inca Yupanqui monte sur le trône. C’est sous son règne que débute l’expansion de l’empire Inca à partir de la capitale, Cuzco. Vers 1 500 cet empire a conquis par la force des armes un territoire qui s’étend de l’actuel Equateur au nord pour descendre au sud jusqu’au Chili. Ce territoire correspond à la superficie de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg, de la France, de la Suisse et de l’Italie réunis. Du nord au sud l’empire inca mesure 4 000 kilomètres de long. On estime qu’à l’arrivée des Espagnols sa population s’élève à 12 millions de sujets.

Les souverains Incas mettent en place une administration centralisée. Au sommet de la pyramide sociale se trouve l’Inca. Immédiatement viennent ensuite les responsables des grandes et petites entités administratives. Cette administration centralisée permet à l’Inca de bien tenir en main son empire. Le sens de l’état domine toute vie sociale des Incas. En retour, ce même état veille au bien-être de tous au travers d’une société aristocratique. Les chemins, les ponts, les “tambos” (auberges) et les “chasquis” (coureurs à relais) assurent les communications à partir de Cuzco, capitale aussi bien administrative que religieuse de l’empire. Ce réseau routier, le Qhapaq Nan est un des exploits de l’empire Inca. Sa voie principale longe la cordillère des Andes sur toute la longueur de l’empire, de la Colombie, de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie, du Chili à l’Argentine. A partir de cet axe principal, des axes secondaires desservent tout l’empire. L’une de ces voies secondaires d’une longueur de 40 km. permet d’atteindre le site de Machu Pichu à 2 430 d’altitude. Au Pérou, le tronçon le mieux préservé s’étend sur 80 km., de Huari à Huanuco Pampa. L’Unesco lutte pour préserver ces derniers vestiges. Ce réseau routier facilite les déplacements de l’armée inca qui peut se porter rapidement vers tel ou tel point menacé. Les Espagnols sauront profiter de cette opportunité.

Aucun souverain d’Europe ou d’Asie n’a jamais disposé d’un pouvoir aussi absolu que celui de l’Inca également dénommé Sapa Inca (seul Inca). Sa personne revêt un caractère sacré qui le rend supérieurs à tous les autres mortels. Sa capture puis sa mise à mort par Francisco Pizzaro ne pouvaient que plonger les Incas dans la plus grande confusion et le plus grand désespoir ce dont les conquistadors profiteront. La religion inca conserve de nombreux traits ancestraux du totémisme, d’animisme ou de fétichisme issus des peuples conquis. En dehors de ces croyances les Incas imposent une religion officielle dont le dieu principal est le soleil. Une fois par an, la grande fête du soleil attire à Cuzco les plus hauts dignitaires de l’empire. La cérémonie la plus importante est le sacrifice d’un lama noir. Ce rituel qui se déroule dans le temple Coricancha, véritable centre de l’empire, est fort important dans la vie des Incas dont les prêtres jouissent d’une grande influence.

Tout comme la civilisation Mochica, les Incas pratiquent les sacrifices humains cependant sur une échelle beaucoup plus réduite. Outre des prisonniers de guerre ce sont des enfants considérés plus purs que des adultes qui sont sacrifiés. Ils deviennent des ambassadeurs vers l’au-delà. Ces représentants du peuple vont vivre éternellement parmi les dieux. Le sacrifice de ces enfants fait partie d’un besoin d’unification des peuples de l’empire. Ils sont choisis dans toutes les régions et leurs familles sont grandement honorées. Les futures petites victimes sont amenées à Cuzco pour de grandes célébrations avant d’être conduites sur le lieu de leur sacrifice. En 1999 trois enfants qui avaient été momifiées ont été découvertes au sommet du mont Cerro Llullaillaco, à 6739 mètres d’altitude.

La religion et les sacrifices humains sont étroitement liés à l’astronomie. Dans ce domaine, également, les Incas sont les héritiers des civilisations qui les ont précédés. Ils recueillent et perfectionnent cet héritage. Le calendrier inca est le résultat d’observations rigoureuses des planètes, des étoiles, de la voie lactée qui est visible en altitude et surtout du soleil. Les points de repère de ces observations sont toujours visibles dans leurs constructions. L’année est divisée en douze mois lunaires auxquels s’ajoutent quelques jours complémentaires. Chaque mois est associé à une fête qui coïncide en général avec la nouvelle lune. L’année se termine au solstice d’hiver qui marque le début de la saison des pluies. Ce calendrier présente également un aspect pratique lié à l’agriculture et accessoirement à l’élevage. Il permet de prévoir la date des semailles, celle des récoltes ou la meilleure période pour la tonte des lamas.

Si les Incas ne connaissent également pas l’écriture, ils “écrivent” au moyen de cordelettes sur les quelles des nœuds sont espacés de manière irrégulière. Il s’agit des quipus qui sont un système original d’écriture des nombres et d’enregistrement de données. L’administration inca s’en sert pour la gestion économique et sociale de l’empire. Les quipus permettent de répertorier les données démographiques et économiques d’une région. Au moyen de ce système les Incas peuvent évaluer la prospérité des différentes communautés et répartir les récoltes de manière équitable en conformité au bien être que le peuple attend de l’état. Il semblerait que les quipus aient été également utilisés pour transporter des messages d’une région à une autre. Toujours est-il que les quelques exemplaires qui ont échappés aux destructions du colonisateur sont loin d’avoir livré tous leurs secrets

Feuille de coca

Aussi étonnant que cela puisse paraître ce continent ignore la roue. On ne peut que s’interroger à ce sujet alors que des figures d’argiles munies de petites roues ont été découvertes dans des tombes mexicaines qui datent du 1° siècle. Il est étrange que leurs créateurs n’aient pas compris les possibilités pratiques qu’auraient pu avoir des roues de plus grandes dimensions. Ne connaissant pas la roue les artisans potier ne disposent pas de tour. En médecine, les Incas connaissent les effets de nombreuses plantes. La quinine leur permet de combattre la malaria. La coca est utilisée pour soulager la douleur et anesthésier un patient. De nombreux cranes qui présentent des traces de trépanation réussies ont également été découverts. A Cuzco il a été retrouvé un crane qui présente sept ouvertures dont les ossifications sont toutes saines ce qui démontre que ces opérations ont été un succès.

Le domaine dans lequel les artisans amérindiens ont manifesté la plus grande maitrise est celui de l’orfèvrerie. Pour les indiens des sociétés précolombiennes l’or est dépourvu de toute valeur marchande. Les Incas comparent l’or aux larmes du soleil. A ce jour les plus anciens bijoux en or découverts remontent à 2 200 ans avant J.C. Ils ont été trouvés dans une tombe de la région de Puno au Pérou. Pendant des millénaires l’or a été recueilli sous forme de paillettes ou de pépites dans le lit des rivières aurifères. La maitrise de ces orfèvres est étonnante. Ils pratiquent la soudure qui nécessite d’atteindre des températures de fusion de 950 °C tandis que la brasure s’effectue à 800°C. Ils maitrisent également la technique de la fonte à la cire perdue. Au nord du Pérou ce sont des objets martelés de grandes dimensions qui ont été découverts. Ils sont confectionnés à partir de feuilles d’or de moins de 1 millimètre d’épaisseur. Par contre les orfèvres précolombiens n’ont jamais travaillé le fer. Pour sa fusion celui-ci nécessite une température de 1 536° C. Leurs connaissances ne devait pas leur permettre d’atteindre cette température.

De l’immensité de cet empire devait naître sa fragilité. En 1525 décédait l’Inca Huayna Capac. Ses fils Atahualpa et Huascar se disputent son héritage. Les tensions vont dégénerer en une guerre civile qui va favoriser les dessins de Francisco Pizzaro.

À suivre …

Histoire du Pérou 3/5 : Le Pérou de la période coloniale

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