Histoire du Pérou 2/5

La conquête du Pérou

 C’est à partir du XVI eme siècle que l’immensité des territoires découverts par Christophe Colomb est devenue évidente. De nos jours la population de ces nouvelles terres est difficile à évaluer. Selon les auteurs, elle varie du simple au double, de quarante à quatre vingt millions d’habitants très inégalement répartis sur le continent américain. On estime que plus de 40% de cette population est concentrée sur les hauts plateaux du Mexique qui représentent moins de 2% de la superficie du continent. La rapidité avec laquelle la conquête de ces territoires va se dérouler échappe à toute logique. Nous verrons avec quels moyens dérisoires Francisco Pizarro va mener son expédition de 1531 face à un milieu hostile et un pouvoir politique structuré. Quelques armes à feu primitives contre des armes qui n’ont pas dépassé le niveau du néolithique, quelques chevaux et une poignée de chiens de guerre n’expliquent pas tout. L’arrivée de l’homme blanc répond à une série de croyances qui annoncent le retour de dieux blonds face auxquels les indiens ne peuvent pas opposer de résistance. De plus, les tensions et les révoltes qui existent entre les différentes ethnies et dont les Espagnols ont su habilement jouer a largement favorisé leur succès.

Toujours dans les premières années du XVI eme siècle, les perspectives d’enrichissement offertes par les Indes Occidentales ont amené les rois catholiques à appliquer une politique plus ferme à l’encontre de tous ceux qui veulent entreprendre de nouvelles expéditions. Afin de contrôler ces aventuriers ils fondent en 1503 la “Casa de Contratacion”. Les candidats à l’aventure sont censés obtenir un contrat ou “capitulacion” qui précise les conditions matérielles de l’expédition et les obligations auxquels le ou les bénéficiaires du contrat sont astreints. De cette manière la couronne a pu conserver jalousement ses droits de souveraineté sur ces nouvelles terres. Le roi concède aux conquistadors des parts de butin, le gouvernement mais non l’usufruit ou la possession de leurs conquêtes. La couronne de Castille peut ainsi étendre son empire outre-mer sans risquer armées ou capitaux.

Francisco Pizarro

Francisco Pizarro

Francisco Pizarro

On sait peu de choses sur le jeunesse de Francisco Pizarro. Son père était célèbre parmi les hommes de guerres du début du XVI eme siècle sous le surnom de Gonzalo El Largo en raison de sa stature. Coureur de jupon aussi précoce qu’impénitent, à peine sorti de l’enfance, il a fait un fils à une jeune bonne placée dans un couvent. Nul ne s’est souvenu de la date de naissance de ce batard ; 1478 semble l’année la plus plausible. Elevé dans la famille de sa mère, son éducation est négligée. Selon la tradition, dans son enfance il aurait gardé les cochons. Toujours est-il qu’il ne sait ni lire, ni écrire. Un peu plus tard son père lui donne un demi-frère prénommé Hernando que nous retrouverons lors de la conquête du Pérou. Trois autre frères nés de différentes mères s’ajoutent à cette fratrie. A l’adolescence Francisco Pizzaro a déjà quitté l’Espagne pour apprendre le métier des armes en Italie. En 1510 un conquistador du nom de Nunez Balboa fonde la première colonie permanente sur le continent américain. En 1513 il mène une expédition à laquelle tout laisse à penser que participe Francisco Pizzaro. Les Espagnols viennent d’atteindre l’océan Pacifique pour la première fois.

La petite ville de Panama est fondée en 1519. Trois ans plus tard une expédition maritime rapporte la rumeur de l’existence d’un riche royaume situé plus au sud. Francisco Pizarro prend la tête d’une expédition destinée à vérifier cette rumeur. Afin de financer cette aventure il s’associe à un autre militaire, Diego d’Almagro et à un prêtre Hernando de Luques. Francisco Pizzaro et Diego d’Almagro lancent leur première expédition en 1524. Après avoir subi de nombreux revers de fortunes, enduré des épidémies et durement affronté des indigènes hostiles ils réussissent à regagner Panama avec suffisamment d’or pour justifier une nouvelle tentative. Francisco Pizzaro repart par la mer en 1526. Après de nombreuses péripéties, il réussit à atteindre la ville de Tombez où il est bien accueilli par les habitants. Les richesses que les indiens montrent à leur hôte récompensent tous les efforts consentis. Francisco Pizzaro reprend la mer pour Panama en jurant bien de revenir.

Barend van Orley - Charles V

Barend van Orley – Charles V

En 1528, en accord avec ses deux associés, Francisco Pizzaro se rend en Espagne pour solliciter de l’empereur Charles Quint l’obtention d’une “capitulacion” afin d’ organiser une nouvelle expédition. Il obtient les pleins pouvoirs pour mener à bien la conquête du Pérou alors que d’Almagro devra se contenter de diriger la ville de Tumbez dont de Luques ne seraque l’évêque. En Espagne Francisco Pizzaro rencontre Cortez, le conquérant du Mexique. Il ne fait aucun doute que le célèbre conquistador le fait bénéficier de son expérience. Deux ans plus tard Il est de retour à Panama accompagné par quatre de ses frères. Bien que furieux de la manière dont Francisco Pizzaro est avantagé par la “capitulacion” accordée par Charles Quint, ses associés en acceptent, pour l’instant, les termes.

Au début de l’année 1531, Francisco Pizzaro accompagné de 180 soldats, 37 chevaux et quelques chiens de guerre quitte Panama pour rejoindre Tumbez , la ville dont la richesse l’a si fortement impressionné. Il va profiter d’un concours de circonstances inattendu : une guerre civile déchire l’empire Inca. A la mort de son souverain, ses deux fils, Atahualpa et Huascar se sont dressés l’un contre l’autre. Huascar est vaincu par son frère qui après l’avoir fait prisonnier, s’empare de sa capitale Cuzco avant de se retirer dans la ville de Cajamarca. Prenant tous les risques, Francisco Pizzaro à la tête de sa petite troupe décide de pénétrer en territoire indien afin de rejoindre Athualpal. Sur place, les Espagnols se retrouvent face à une armée que certains historiens estiment forte de quarante milles hommes. Même si ce nombre est largement exagéré le déséquilibre des forces en présence est flagrant. De plus cette armée est victorieuse, elle vient de vaincre celle de Huascar et de réprimer diverses révoltes.

Le 16 Novembre 1532, l’empire inca qui avait fait trembler les peuples de la Cordillère des Andes reçoit le coup mortel qui va entrainer sa disparition. Dès son arrivée à Cajamarca, Francisco Pizarro dépêche son demi-frère Hernando à l’Inca. Il l’invite à rendre visite aux conquistadors le plus rapidement possibles. Le lendemain l’Inca fait son apparition à la tête d’une imposante escorte. Un prêtre, le frère Valverde se porte à sa rencontre, Bible à la main. Le religieux veut lui imposer la parole de Dieu. Atahualpa jette la Bible à terre. Francisco Pizzaro et ses compagnons se précipitent sur l’Inca et s’emparent de sa personne. Profitant de la confusion ils réussissent à se replier en bon ordre en emmenant leur otage. Le prisonnier tente de profiter de l’avidité de ses geôliers pour racheter sa liberté. Il promet de faire remplir d’or la pièce où il est enfermé à hauteur de l’endroit le plus haut que sa main peut atteindre. Cette pièce mesurait sept mètre de long sur quatre de large . . . A l’appel de leur souverain, de tous côtés, les indiens arrivent chargés d’or. C’est pendant cette captivité que Huascar est exécuté par des partisans de son frère et que Diego d’Almagro arrive avec des renforts.

Bien que la rançon d’Atahualpa ait été largement versée, Francisco Pizzaro diffère sa libération de jours en jours. Il finit par l’accuser d’avoir déposé et assassiné son frère, comploté contre les Espagnols et adoré de faux dieux. Condamné au bucher, Atahualpa accepte de se convertir au christianisme, non pas par conviction religieuse mais par respect de ses propres croyances. Il pense que si son corps n’est pas détruit le dieu soleil le fera revivre. Le 29 Août 1533 l’Inca subit le supplice du garrot comme un vulgaire malfaiteur. Les conquistadors viennent de commettre un régicide que tout l’or du Pérou ne pourra pas effacer. Si le lieu de la sépulture d’Atahulpa est ignoré, il est devenu un symbole pour les indiens qui attendent toujours son retour.

Manco Capac

Manco Capac

Après l’exécution d’Atahualpa, les Espagnols choisissent son frère Manco Capac. II pour lui succéder afin de maintenir une fiction de souveraineté inca. En 1536 Francisco Pizzaro retourne à Lima tandis que deux de se frères, Hernando et Juan restent à Cuzco. Leur cruauté et leur avidité provoquent un soulèvement mené par Manco Capac II. Cette révolte s’étend à tout le pays et Cuzco va subir un siège de huit mois au cours duquel Juan Pizzaro est tué.

En 1535, Pedro d’ Almagro, lassé de se retrouver au second rang conduit une expédition en direction du Chili dans l’espoir de conquérir son propre eldorado. L’échec de cette aventure le contraint à revenir au Pérou juste à temps pour obliger les indiens à lever le siège de Cuzco. Il profite de l’occasion pour faire prisonnier Hernando Pizzaro qu’il libère peu après. La guerre est déclarée entre les deux factions qui s’affrontent en Avril 1538 à la bataille de La Salinas. D’Almagro est battu et fait prisonnier par Hernando Pizzaro qui le fait exécuter. Le fils d’Almagro prend la tête de ses derniers partisans. Le 26 Juin 1541, à Lima, une poignée d’entre eux s’introduit dans la maison de Francisco Pizzaro qui est assassiné à son tour. En 1543, afin de ramener l’ordre au Pérou, Charles Quint envoi un premier vice-roi. Celui-ci est assassiné trois ans plus tard par Gonzalo Pizzaro, lui-même décapité en 1548.

Les loups ont fini de se dévorer entre eux. L’époque de la conquête est close. Peut commencer celle de la « pacification » et de l’organisation du Pérou au mieux des intérêts de la mère patrie.

À suivre …

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