Un voyage humanitaire ? Non, un voyage solidaire !

Depuis quelques années, peut-être avez-vous vu apparaître, et devenir incontournables, les termes de “voyage solidaire” ou encore de “voyage humanitaire”. Est-ce un phénomène de mode ou une réelle proposition alternative au tourisme classique ? “Voyages solidaires” et “voyages humanitaires” représentent-ils les mêmes réalités ? On pourrait le croire et pourtant, ils sont bien distincts l’un de l’autre !

Les concepts : aide humanitaire et aide au développement

Avant toute chose, il convient de bien définir les concepts initiaux auxquels se rapportent les expressions “voyages solidaires” et “voyages humanitaires”.

Qu'est-ce que l'aide humanitaire ?

L’aide humanitaire, aussi appelée l’aide d’urgence“vise à assurer l’assistance et la protection des personnes vulnérables et à répondre aux besoins fondamentaux des populations affectées par une catastrophe naturelle ou un conflit : accès à l’eau et assainissement, nourriture, abris et soins médicaux.” (France Diplomatie).

On peut parler d’aide humanitaire aussi bien en référence au séisme à Haïti en 2010, qu’à celui de L’Aquila en Italie en 2009. La “jungle” de Calais fait aussi l’objet d’aide humanitaire.

Qu'est-ce que l'aide au développement ?

L’aide au développement (qui tend à être appelée “coopération au développement”) répond à des problèmes structurels persistants qui peuvent entraver le développement économique, institutionnel et social. Elle désigne une action volontaire menée par un acteur extérieur pour impulser le développement d’un territoire.

Concrètement, quelles différences entre les deux ?

(liste non exhaustive)

Aide humanitaire

Aide au développement

Priorités et programmes à court terme

Priorités et programmes à long terme

Apportée dans des zones sinistrées

Apportée dans des pays en développement et des communautés pauvres ou vulnérables

En réponse à un incident ou à un événement

En réponse à des problèmes systémiques

Vise à sauver des vies dans l’immédiat

Vise le développement économique, social et politique

Alors, voyage humanitaire ou voyage solidaire ?

Nous percevons dans le concept de “voyage humanitaire” (ou volontourisme) une certaine contradiction : il ne nous semble pas pertinent d’associer un concept lié au loisir à un concept lié à l’intervention d’urgence. Par ailleurs, les missions d’aide humanitaire s’adressent principalement à des professionnels de l’humanitaire (médecins urgentistes, logisticiens, etc…). Les missions humanitaires exigent des compétences particulièresque ne peut proposer n’importe quel touriste.

Derrière le concept de “voyage humanitaire” apparaît aussi l’amalgame entre l’action d’aide humanitaire et l’action d’aide au développement : cette dernière a pour but d’intervenir sur des sujets de fond (santé, alimentation, éducation, etc) et sur le long terme.

Une alternative aux “voyages humanitaires” : les voyages responsables et solidaires 

Schéma ATES

Mais alors, “voyager solidaire”, qu’est-ce que c’est ? “Partir en vacances aider une association” ? Pas vraiment. La réalité qui se cache derrière l’expression est, pour nous, bien plus riche ; et symbole de certains critères et valeurs.

Les voyages solidaires organisés par Grandir Aventure, labellisés par l’Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire, sont centrés autour du partage, de la rencontre, de la découverte d’un nouvel environnement culturel et naturel dans le respect du pays visité, tout en favorisant le développement local. Par leur aspect solidaire, nos voyages impliquent la population dans le développement du pays, par divers projets locaux mis en œuvre sur place.

A travers ces projets et grâce à des gestes réfléchis de la part du voyageur (manger dans des restaurants locaux, choisir des structures d’hébergements tenues par des locaux…), la communauté de la région visitée bénéficie de retombées économiques concrètes et directes. De plus, chaque séjour participe financièrement au fonctionnement denotre fonds de développement Grandir Ailleurs (association de solidarité internationale) : 5% (hors aérien) est reversé à ses projets locaux ; 12% est alloué à son fonctionnement.

Le tourisme solidaire trouve son fondement dans la mise en place d’un partenariat triangulaire entre les agences, les voyageurs et les communautés locales. L’intérêt réciproque et la confiance seront alors les clés de la réussite des projets mis en œuvre afin de les inscrire dans le temps. Notre vision du tourisme solidaire repose sur 5 piliers :

1. Rencontre et immersion 

La rencontre et l’immersion sont rendus possibles grâce à :

  • des partenariats avec des intervenants locaux : guides, chauffeurs, accueil ;
  • un choix d’hébergement et de transport qui favorise le contact avec la population locale ;
  • l’organisation de jeux pédagogiques qui poussent à la rencontre, dans le cadre des séjours jeunes Grandir Aventure ;
  • l’organisation d’activités en commun avec les habitants de la région : nous proposons, sur plusieurs séjours, des projets participatifs qui ont pour premier objectif le “faire ensemble”. La mission doit toujours répondre à des besoins identifiés par les partenaires locaux. Elle est encadrée et menée par des professionnels. Nous insistons sur notre posture d’appui : il ne s’agira jamais de “faire à la place de”.
  • La mise en place d’activités qui provoquent la rencontre : visite de villages, rencontre d’artisans… Nous évitons les activités uniquement touristiques, en favorisant au contraire des lieux du quotidien local.
    En Islande par exemple, les jeunes ont l’occasion de profiter d’une après-midi dans les bains locaux, qui sont un lieu de sociabilisation essentiel pour les habitants de cette île. En effet, ils profitent, été comme hiver, de l’eau chaude pour rencontrer et discuter avec leurs voisins et amis ; mais aussi pour se relaxer ou prendre soin de leur corps.

Attention aux dérives !

Grandir Aventure a grandi avec son association sœur Grandir Ailleurs (membre également de la fédération Grandira). Nous partageons des locaux, une équipe et des projets ! Aussi, nous connaissons bien les enjeux du monde de la solidarité internationale et sommes conscients que la découverte des projets d’une association lors d’un voyage ne peut se faire n’importe comment. Par ailleurs, nous nous affirmons en opposition aux dérives d’un tourisme injustement qualifié de “solidaire” qui exploite la compassion des touristes et crée des simulacres d’actions sociales dans le seul objectif de générer du profit.
L’agence de voyages est au service de l’association : pas le contraire.

En Thaïlande  par exemple, certains camps d’éléphants proposent aux touristes des balades à dos d’animal. Les conséquences de cette activité “ludique” pour les touristes sont gravissimes pour les éléphants: lors de la capture illégale d’éléphanteaux, leurs parents sont tués ; et les éléphants capturés, torturés. C’est donc avec un soin tout particulier que nous avons choisi notre partenaire : le Jungle Sanctuary Éléphant, un camp d’éléphants porteur d’un projet d’éco-tourisme éthique et durable.

Autre exemple, avec l’association Grandir à Antsirabe à Madagascar  :

Les voyageurs peuvent participer à certaines activités avec les enfants des rues (bénéficiaires de l’association locale) : cela les sensibilise aux enjeux sociétaux du pays et crée des moments de rencontre. Réciproquement, ces moments sont aussi intéressants pour les enfants des rues qui ont rarement l’occasion d’échanger avec les étrangers, en dehors de la mendicité. En revanche, jamais la venue d’un voyageur ne doit gêner le travail des éducateurs. Jamais une activité ne sera mise en place pour le plaisir du touriste.

Les voyageurs sont invités à déjeuner avec l’équipe éducative et un atelier de sensibilisation et de réflexion sur le sujet de l’enfance des rues et également proposé.

Dans le cadre d’un séjour d’immersion associative, des temps de projets participatifs peuvent être proposés. Le projet, qui répond toujours à desbesoins réels exprimés par l’association locale, demeure une occasion pour aller à la rencontre des locaux et vivre des moments de complicité et d’échange.

2. Prendre le temps 

Prendre le temps, oublier sa montre, laisser place à l’imprévu : c’est aussi ça, les vacances ! Nous incluons dans nos séjours des temps de pause, qui sont souvent l’occasion de rencontres inattendues.

Laisser tomber la liste à cocher des “10 monuments à voir” pour profiter de l’instant, s’immerger plus intensément dans le moment présent.

Prendre le temps, c’est aussi un parti pris vis-à-vis de la planète ! Accepter de ne pas “tout voir” du pays et de passer plus de temps à chaque endroit, c’est éviter les vols internes.

    3. Respect de l’environnement naturel, social et économique  

    • Environnement social : qui passe par la dimension de rencontre et d’immersion, une bonne connaissance des destinations en amont du séjour, le développement de partenariats locaux et une sortie des circuits de tourisme de masse. Sur ce dernier point, nous restons tout de même prudents à donner un cadre afin de respecter l’intimité des populations locales : il nous semble important de ne pas aller trop loin dans la recherche du “hors sentiers battus”.
    • Environnement économique : par le développement de partenariats locaux, une consommation locale et équité dans les rapports commerciaux (les prix sont donnés par les partenaires, nous respectons leur conditions tarifaires pour ne pas “casser les prix” et assurer une bonne redistribution).
    • Environnement naturel : par une utilisation respectueuse des ressources et la sensibilisation à la préservation de l’environnement auprès des voyageurs (dans certains séjours).

    Il s’agit, pour notre agence de voyage, nos partenaires et nos voyageurs, de réfléchir à nos actions, de raisonner leur impact.

    Par exemple : manger dans des restaurants locaux, choisir des structures d’hébergements tenues par des locaux… Ces gestes, pouvant paraître simples, minimisent d’eux-mêmes les impacts négatifs que peut avoir le voyage sur le territoire visité ; et font bénéficier la communauté locale de retombées économiques concrètes et directes.

    4. Sensibilisation du voyageur 

    La sensibilisation est indispensable au tourisme solidaire. Elle revêt deux aspects :

    • éveiller les consciences à la citoyenneté, au “bien vivre ensemble” ,
    • sensibiliser au respect de l’autre ; à la découverte, à une ouverture vis-à-vis d’un environnement nouveau

    Chez Grandir Aventure et Grandes Latitudes, la sensibilisation prend plusieurs formes :

    • des ateliers de sensibilisation au tourisme solidaire,
    • des temps de rencontre et immersion qui favorisent la compréhension de l’environnement,
    • des échanges informels entre l’équipe accompagnatrice et les voyageurs, qui va transmettre des valeurs, l’information et proposer des débats. Cela induit donc une sensibilisation en amont du voyage des accompagnateurs.

    Chacun de nos séjours rentre dans une démarche d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale : “L’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale permet à chacun de comprendre les mécanismes d’interdépendance et d’exclusion dans le monde, de prendre conscience de l’importance d’une démarche citoyenne ayant pour but de favoriser une solidarité entre les territoires, les générations, les groupes sociaux… Et d’agir pour la construction d’un monde solidaire.”  (EDUCASOL)

    5. Développement local  

    Le développement local implique deux dimensions :

    • le développement économique par l’activité touristique : choix des partenaires locaux, répartition équitable
    • un projet de solidarité : pour chaque séjour, 5% (hors aérien) est reversé à notre fonds de développement Grandir Ailleurs (association de solidarité internationale) pour les projets locaux dans les différents pays et 12% est réservé à son fonctionnement.

    Vous voulez agir et vous investir plus longuement ?

    Nos séjours restent dans un cadre de loisirs. Il ne s’agit pas de volontariat ou de bénévolat. Les demandes particulières de volontaires désireux de s’investir sur une période plus longue ne sont pas gérées par notre agence. N’hésitez pas à vous rapprocher des associations locales (et bien vous renseigner sur les projets).

    J’avais corrigé “volontaires” par “voyageurs” car pour moi, tant que les gens ne sont pas engagés, ils ne peuvent pas etre appelés “volontaires”.
    Du coup si c’est les demandes en général, voyageurs ou pas, je mettrais :
    Les personnes souhaitant s’investir sur une période plus longue ne sont pas gérées par notre agence. N’hésitez pas à vous rapprocher des associations locales (et à bien vous renseigner sur leurs projets).

    Sources :

    https://www.explorelemonde.com/trek-elephant-vous-savez-pas-tout/
    http://www.letribunaldunet.fr/animaux/enfer-balades-dos-delephant-atroce.html
    www.grandirailleurs.org
    https://www.rts.ch/info/monde/8342569-le-tourisme-d-orphelinat-un-business-aux-lourdes-consequences.html
    http://www.resacoop.org/sites/default/files/resacoop_fiche_journaliste_1.pdf
    https://www.coalitionhumanitaire.ca/laide-humanitaire-et-laide-au-developpement