Animateurs passionnés et investis depuis une dizaine d’années, Cécile et Johan ont vécu l’expérience Madagascar pour la 1ère fois lors d’un séjour solidaire 14/17 ans avec Grandir Aventure en 2018. Un voyage à Madagascar peut-être surprenant et déstabilisant, alors comment (ré)agir avec les jeunes ? Quelle pédagogie adopter lors d’un séjour pour adolescents à Madagascar, loin des codes français habituels ? Quelles difficultés rencontrées et comment y faire face ? Quels outils mettre en place ? Le binôme d’animation du groupe « Mada Sakafo* » nous proposent des éléments de réponse… !

* Chaque groupe Grandir Aventure a un nom en référence au pays visité. Ici, « sakafo » est un mot malgache qui signifie « repas ».

Commençons l’interview par une petite présentation de vous-mêmes… Quel sont vos parcours respectifs ?

« Avec le groupe de jeunes, le lien s’est rapidement tissé et une relation de confiance s’est installée… »

groupe madagascar grandir aventure

On a commencé l’animation et on s’est rencontrés sur nos premières colos il y a 10 ans. Cécile a continué dans l’animation et la formation dans des mouvements d’éducation populaire, et pratique aussi le théâtre. Johan s’est formé à l’animation socio-culturelle mais travaille maintenant dans la production de projets musicaux, il est lui-même musicien. On est investi dans différentes associations et collectifs qui nous amènent à nous questionner sur les pratiques collectives, les relations dans un groupe, les interactions avec le contexte extérieur

Vous avez travaillé non-stop en équipe pendant presque 20 jours… et avec les jeunes également !  Une sacrée expérience humaine… !

Oui… L’aventure en binôme s’est très bien passée, nous avons travaillé en cohérence et en complémentarité tout le séjour (et on ne tombait jamais malades en même temps… !) . Avec le groupe de jeunes, le lien s’est assez rapidement tissé et une relation de confiance s’est installée… ce qui nous a permis d’être informés des situations difficiles que traversaient le groupe et certain(e)s jeunes en particulier, et de pouvoir y apporter des réponses.

Parlons un peu pédagogie… Quel fonctionnement avez-vous privilégié avec les jeunes ?

On a souhaité développer l’ouverture à l’autre, à de nouvelles représentations sur le monde, faire émerger le questionnement autour des conséquences de leurs modes de vie et sur ceux des autres. On a aussi impulsé des espaces d’expression et de décision.

Concrètement on se retrouvait tous les soirs pour des « Quoi d’neuf ? »,le moment d’échange collectif du séjour avec une partie d’expression libre : on invitait les jeunes à raconter leurs anecdotes du jour, les choses un peu« folles » qu’ils avaient vues ou entendues, ce qui les avait touché, choqué…

Au bout de quelques jours, on prenait le temps d’amener ces anecdotes vers d’autres questionnements comme « Et si vous regardiez la France avec des yeux de malgaches ; qu’est-ce qui vous choquerait ? »

Très vite, un Carnet de Voyage a été mis en place : dedans, on a tenté de garder des traces de ce cheminement de pensée collective… d’abord porté par nous, puis par les jeunes qui se sont vite appropriés le concept ! En tant qu’animateurs, on est là pour les accompagner dans leurs découvertes, les situations qui peuvent les questionner dans leurs représentations du monde. On ne voulait surtout pas leur imposer notre vision du monde tel qu’on la perçoit ! Toutes les rencontres faites, avec Grandir à Antsirabe (l’association locale de Grandir Ailleurs), les gens tout simplement… ce sont elles qui leur ont fait émerger de nouvelles idées !

“sortir de leur zone de confort a été une nouveauté pour les jeunes…”

Vous avez pris le temps de favoriser un certain type de communication avec les jeunes… Vous pouvez nous en dire un peu plus ?

En effet la communication a été essentielle… On a posé dès le départ une relation d’égal à égal, où on pouvait discuter de tout. On a également souhaité être les plus transparents possibles sur les enjeux du cadre qu’on posait, toujours en cohérence avec ce que l’association défend sur un séjour solidaire et qui a pour but d’assurer leur sécurité et leur bien-être à tous. On a donc privilégié une communication orale permanente et informelle.

Si vous deviez citer quelques moments qui vous ont marqués à Madagascar ?

Ce qui nous a le plus marqué se retrouve dans le carnet de bord dans la partie « Les enseignements de Mada »).

cahier voyage solidaire Madagascar
cahier voyage solidaire Madagascar


On a été particulièrement touchés par la capacité à bricoler et inventer des choses avec les ressources existantes, à porter une attention à la vie, même dans des conditions difficiles.

« En tant qu’animateurs, on est là pour les accompagner dans leurs découvertes, les situations qui peuvent les questionner dans leurs représentations du monde ».

Vous travaillez constamment avec les jeunes… certaines choses vous ont-elles marquées ou touchées lors de leur séjour à Madagascar ?

On a pu observer à quel point les conditions de vie en France – où beaucoup de choses sont confortables et automatisées – mettent en sommeil certaines de leurs capacités à être en interaction avec l’environnement. Par exemple, on prend conscience qu’on est dépendant de certaines infrastructures et on se retrouve vite désoeuvré quand on n’a plus l’électricité !

Et chez les jeunes malgaches, qu’est-ce que vous avez retenu ?

Sans conteste, l’autonomie développée, qui n’est pas empêchée par les adultes, le fait que les jeunes prennent part à la vie de la famille et aux activités.

Votre vision globale de ce voyage solidaire en tant qu’animateurs mais aussi voyageurs , quelle serait-elle ?

On s’est demandé si on voyagerait de cette façon si on n’était pas dans un contexte de séjour solidaire. Voyager dans un tel contexte, c’est mettre du sens à la notion même de « voyage » et arriver dans un pays où l’échange est véritablement possible. On ne peut pas passer à côté du fait qu’on est des privilégiés. On a hérité d’une histoire et d’une culture qui instituent des rapports de domination économique, culturelle, politique… Et tout ça pose forcément la question de « qu’est ce qu’on vient faire ici ? ».

On essaye donc de se placer dans des relations égalitaires et de se dire qu’on ne sait pas grand chose. C’est à partir de cette vision qu’on apprend beaucoup de chaque rencontre.

Difficile après cette expérience de retrouver une France bien rangée, où tous les aspects de la vie sont balisés à l’excès, où toute initiative doit faire l’objet d’une écriture de projet et où il faut demander l’autorisation pour exister… Ce qui laisse peu de place à la spontanéité dans l’espace public par exemple. Sans parler de notre gestion des ressources et de l’énergie…

L’’entretien touche presque à sa fin… Mais avant, faisons un petit focus sur les jeunes.  Est-ce qu’ils ont rencontré des difficultés lors de ce voyage ?

Certaines difficultés ont été soulevées au fil des jours oui…  Notamment celle de se retrouver à la place de l’étranger, d’être considéré par une partie de la population malgache comme un blanc riche et d’être très souvent sollicité par les enfants.

Les temps de discussion dans le groupe et avec les guides qui connaissent bien les cultures malgache et française ainsi que les ateliers de sensibilisation avec l’association locale de Grandir Ailleurs ont permis d’apporter un éclairage sur ces situations et de mieux comprendre ce qui était en jeu dans les échanges, pour finalement trouver sa juste place.

Sortir de sa zone de confort a été une nouveauté pour eux : se laver avec un seau, aller dans des toilettes moins aseptisées, ne pas avoir d’électricité, et vivre au rythme du soleil et des étoiles, ça les a un peu « chamboulé » pendant les 24 premières heures.

En vrac, dans les autres difficultés rencontrées : les moustiques, les intestins qui découvrent de nouvelles bactéries, certaines scènes de vie dans la rue qui leur apparaissaient violentes.

Leur bilan / vision à la fin du séjour ?

Il ressort l’envie de changer le monde, de faire des grandes choses, de faire plus attention à ce qu’ils consomment et au gaspillage en général… et d’arrêter de se plaindre !

Un énorme merci à l’équipe « Mada Sakafo » et aux deux animateurs Johan et Cécile pour avoir su inculquer aux jeunes une certaine vision du voyage, en accord avec les valeurs partagées par Grandir Aventure.